Guinée
L’Intersyndicale a dénoncé les « forces obscures » qui tentent de miner de l’extérieur son combat pour la justice sociale en Guinée. Les droits des travailleurs et des syndicalistes ont été à plusieurs reprises bafoués dans le secteur minier. 2008 fut une année de fort mécontentement des travailleurs.
Droits syndicaux dans la législation
Liberté syndicale: Le Code du travail prévoit que tous les travailleurs ont le droit de former des syndicats et d’y adhérer, à l’exception du personnel militaire et paramilitaire.
Restrictions au droit de grève: Les travailleurs ont le droit de faire grève, mais ils doivent donner un préavis de dix jours, et les employeurs sont en droit d’imposer un arbitrage contraignant. Les grèves sont interdites dans les services essentiels, dont la définition est très ample et couvre (en plus des hôpitaux, de la police et de l’armée) le transport, les communications, la télédiffusion et la radiodiffusion. Ces trois secteurs ne font pas partie de la définition de l’OIT des « services essentiels » stricto sensu.
Pas de protection contre la discrimination: La législation guinéenne reconnaît le droit de négociation collective. La loi n’inclut cependant aucune disposition empêchant la discrimination antisyndicale ou protégeant les syndicats contre une ingérence de la part des employeurs.
Droits syndicaux dans la pratique et violations en 2008
Contexte: Fin décembre, une junte militaire a pris le pouvoir quelques heures après le décès du président Lansana Conté dont l’impopularité avait atteint son paroxysme lors de la répression sanglante des grèves de 2007. En mai 2008, ce dernier avait limogé Lansana Kouyate, Premier ministre « de consensus », provoquant la colère de la société civile et des syndicats. Il s’agissait selon eux d’une violation flagrante des accords conclus en 2007 entrainant une suspension des droits syndicaux et activités syndicales. Ces accords portaient sur la démocratisation et la bonne gouvernance dans un des pays les plus pauvres du continent malgré ses immenses richesses minières. À plusieurs reprises en 2008, le secteur minier a été secoué par des troubles sociaux; les travailleurs, leurs familles et les populations locales supportant de plus en plus difficilement l’absence de véritables retombées économiques au niveau local, en dépit des plantureux bénéfices du secteur.
Tentatives de déstabilisation du mouvement syndical: À la suite de la mobilisation sociale de 2007 qui, en dépit d’un répression sanglante, avait apporté un espoir réel de démocratisation du pays, l’Intersyndicale a dû faire face à toutes sortes de tentatives de déstabilisation de la part de l’entourage présidentiel, du patronat, de partis politiques et du gouvernement, qui a notamment soutenu des syndicats jaunes.
Huit délégués syndicaux licenciés lors d’une grève dans le secteur minier: Début août, la direction de la Société d’exploitation des mines d’Afrique de l’Ouest (SEMAFO, un groupe canadien) a licencié huit délégués syndicaux sur le site aurifère de Kiniero en Haute-Guinée. Les 330 mineurs de la SEMAFO étaient en grève depuis plus d’un mois, protestant contre la violation d’un accord conclu précédemment avec la direction portant sur la nouvelle grille salariale.
Répression sanglante d’une grève de policiers: Le 17 juin, une grève des policiers a été violemment réprimée par l’armée. Trois policiers ont été tués et une centaine d’autres ont été arrêtés. Ces troubles sont survenus quelques semaines après des émeutes provoquées par les militaires, plus de 100 personnes ayant été blessées lors de ces événements. Dans les deux cas, les revendications étaient d’ordre salarial. Concernant l’armée, pilier du régime, le président Conté avait rapidement pris des mesures pour calmer les soldats. Pour rappel, les policiers et les militaires n’ont pas le droit de faire grève.